Les comparaisons adjectivales avec comme : une initiative lexicographique associant enseignantes et étudiantes


Lucia Ráčková: Les comparaisons adjectivales avec comme : une initiative lexicographique associant enseignantes et étudiantes [Adjectival comparisons with comme: a lexicographic initiative involving female teachers and female students] In: Ostium, vol. 22, 2026, no. 3. (review)


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Radka Mudrochová, Helena Horová, Štěpánka Bartošová, Michaela Eisenreichová, Kristýna Lisá, Anna Macáková, Zuzana Zelinková, Dictionnaire des comparaisons adjectivales avec comme en français, Plzeň, 2026, 120 p., ISBN 728-80-7211-660-7.

Publié à Plzeň en 2026, le dictionnaire monolingue spécialisé à visée descriptive et pédagogique Dictionnaire des comparaisons adjectivales avec comme en français est un ouvrage collectif réalisé par deux professeures de l’université, Radka Mudrochová et Helena Horová, en collaboration avec des étudiantes du master de FLE. En accord avec son titre, il est consacré à un domaine précis de la phraséologie française : les comparaisons adjectivales construites selon le schéma adjectif + comme. Il s’agit notamment de formes de comparaison qualitative de valuation (Fuchs, 2019), telles que rouge comme le sang, fier comme un paon, bête comme une oie, riche comme Crésus ou malin comme un singe, dans lesquelles on opère avec quelque chose de connu, comme le sang ou le paon, qui constitue un « parangon » dans les termes de Romero (2019).

L’ouvrage se situe à la croisée de plusieurs domaines : lexicographie, phraséologie, linguistique de corpus et didactique du français langue étrangère. En s’appuyant sur Fuchs (2019), les auteures prennent pour point de départ la théorie de la comparaison, qui repose sur trois « variables » : le comparant, le comparé et le paramètre, c’est-à-dire la propriété commune. La couverture du dictionnaire représente visuellement ce principe de la comparaison au moyen d’une balance, sur les deux plateaux de laquelle se trouvent une pomme et un coquelicot. L’illustration choisie renvoie donc de manière pertinente à l’essence même de la comparaison : la mise en relation de deux entités sémantiquement différentes au moyen d’un paramètre commun.

L’objectif principal du dictionnaire est de proposer un inventaire organisé des comparaisons françaises reposant sur la structure adjectif + comme (cf. Romero, 2019), en incluant les participes passés et présents employés adjectivalement, mais en excluant les constructions verbales à l’infinitif. Cette délimitation constitue un choix méthodologique pertinent, puisqu’elle permet aux auteures de travailler sur un ensemble relativement homogène du point de vue syntaxique. Cette réflexion permet de replacer les expressions dans le cadre plus large de la comparaison qualitative. Dans une construction comme Marie est fraîche comme une rose, Marie représente le comparé, rose le comparant, tandis que la propriété commune constitue le paramètre de comparaison.

Le dictionnaire comporte 165 entrées principales, c’est-à-dire  adjectifs classés par ordre alphabétique et 605 comparaisons. Sur le plan graphique, les entrées principales sont distinguées typographiquement : les comparaisons et les exemples sont présentés dans un format lexicographique compact ; les rubriques « Le saviez-vous ? » sont mises en évidence graphiquement et apportent des informations culturelles, étymologiques, littéraires ou historiques.

Dès les premières pages, lʼouvrage réalisé dans le cadre des projets de recherche SGS-2023-005 Pojetí prostoru v lingvistické a literární koncepci et SVK1-2024-004 Représentations de l’espace dans le lexique – Tchécalex 2, ne cherche pas seulement à inventorier les expressions françaises, mais également à en expliquer le sens, les connotations et les particularités d’emploi. À titre d’exemple, l’expression belle comme une odalisque comporte une connotation d’élégance lascive et s’emploie pour qualifier une beauté sensuelle et exotique, souvent associée à une personne allongée et contemplative.

De ce fait, la conception de l’ouvrage repose sur une double orientation. D’une part, les auteures adoptent une perspective lexicographique et descriptive : elles cherchent à identifier les comparants effectivement employés avec différents adjectifs et à présenter les expressions correspondantes sous forme d’articles de dictionnaire. D’autre part, elles accordent une place importante à la dimension pédagogique et culturelle. Cette double orientation constitue l’une des principales qualités du dictionnaire. Les comparaisons figées sont en effet particulièrement intéressantes pour l’apprentissage d’une langue étrangère, car leur interprétation ne peut pas toujours être déduite du sens littéral de leurs constituants. Comprendre pauvre comme Job, vieux comme Mathusalem ou fier comme Artaban suppose non seulement de connaître la langue française, mais aussi un réservoir de représentations collectives et de stéréotypes culturels. La dimension culturelle représente également un enrichissement important. Les comparaisons telles que pauvre comme Job, vieux comme Mathusalem ou fier comme Artaban sont porteuses de références qui dépassent largement la grammaire et le lexique de base.

L’un des aspects les plus intéressants de l’ouvrage réside dans sa méthodologie fondée sur l’exploitation dʼune ressource très utile pour les linguistes, lexicographes et phraséologues, à savoir InterCorp (Araneum Francogallicum Maius, 1,2 million de positions), un vaste corpus parallèle synchronique accessible via l’interface KonText du Český národní korpus. Dans le cadre de cette recherche, le choix d’InterCorp se révèle particulièrement pertinent, notamment en raison de la disponibilité limitée de corpus parallèles français-tchèques dans Sketch Engine. À cela s’ajoute l’avantage du libre accès à InterCorp, contrairement à Sketch Engine, dont l’accès est payant.

La constitution du dictionnaire commence par l’examen des expressions recensées dans des ouvrages de référence  (Cazelles,1996 ; Bénézet, 2019) dans le sous-corpus Araneum Francogallicum Maius de lʼInterCorp. Pour chaque adjectif, la séquence adjectif + comme (p. ex. rouge comme) a été recherchée. Une liste de fréquences a ensuite été générée en ciblant la position 3R, correspondant au substantif suivant immédiatement la séquence. L’affichage en tableau a enfin permis d’identifier les noms les plus fréquemment associés à chaque adjectif. Cette procédure permet notamment de mettre en évidence des associations telles que rouge comme le sang, rouge comme une tomate, rouge comme une pivoine ou rouge comme une écrevisse.

Par suite, les entrées sont structurées de la manière suivante : pour chaque lettre de l’alphabet, des adjectifs sont sélectionnés et accompagnés d’exemples tirés du corpus, choisis selon une approche sélective. Ces exemples sont précédés d’une explication de l’expression elle-même. L’usage attesté des expressions figées ou semi-figées en français ainsi que la démarche fondée sur l’exploitation de corpus donnent au dictionnaire une dimension empirique importante.

Le choix des variantes morphosyntaxiques est également fondé sur la fréquence. Lorsque plusieurs formes sont attestées, par exemple heureux comme un roi et heureux comme le roi, la forme la plus fréquente dans le corpus est retenue. Les auteures expliquent également leurs choix concernant le genre grammatical et le nombre : le masculin générique est privilégié lorsque l’expression est employée de manière générale, tandis que les formes féminines et plurielles sont retenues lorsque l’usage du corpus le justifie. Ainsi, l’expression beau comme une cathédrale apparaît également au féminin dans l’exemple « Elle se tenait droite, belle comme une cathédrale ».

Il convient cependant de relever ici une limite méthodologique. Le corpus constitue un outil essentiel pour observer l’usage, mais la fréquence d’une séquence ne suffit pas nécessairement à établir son statut phraséologique. Une occurrence fréquente n’est pas automatiquement une expression figée, et une expression parfaitement lexicalisée peut être relativement rare dans un corpus donné. Le dictionnaire semble en partie résoudre cette difficulté en partant d’expressions déjà recensées dans des ouvrages de référence, mais la distinction entre expression figée, semi-figée et combinaison libre pourrait être davantage théorisée et explicitée. En outre, le dictionnaire pourrait gagner encore en valeur scientifique grâce à un système de renvois plus développé entre les entrées. Les observations finales montrent que certains comparants – singe, roi, cochon, âne, lion, mule, etc. – apparaissent avec plusieurs adjectifs. Un index des comparants ou un système de renvois thématiques permettrait au lecteur d’explorer ces réseaux de manière plus systématique. Ces réserves ne diminuent toutefois pas la valeur globale du résultat du projet étudiant. Elles indiquent plutôt des pistes qui pourraient être exploitées dans une éventuelle édition ultérieure ou dans une version numérique enrichie.

En revanche, l’un des points forts de l’ouvrage réside dans sa dimension pédagogique. Comme les comparaisons adjectivales sont des expressions figées, elles peuvent être énigmatiques pour les apprenants du FLE. Leur appropriation peut néanmoins contribuer à l’accès à l’imaginaire du français et au développement de la compétence interculturelle. Les auteures proposent dix exercices progressifs allant des niveaux A2 à C1, ainsi qu’un jeu linguistique destiné à favoriser la mémorisation et la réutilisation des expressions. Les activités sont variées : association d’expressions et de définitions, identification de valeurs positives, négatives ou ironiques, classement, comparaison interculturelle et production écrite. Elles suivent plusieurs objectifs, entre autres celui d’aller au-delà du dictionnaire et de réfléchir à d’autres expressions figées adjectivales, de comparer les « imaginaires » avec la langue maternelle. Dans le domaine de la traduction, le dictionnaire met en évidence qu’une correspondance littérale ne produit pas nécessairement une expression idiomatique dans la langue cible. La connaissance de la valeur sémantique, stylistique et culturelle d’une comparaison peut donc aider le traducteur à choisir entre une traduction littérale, une expression équivalente ou une reformulation.

Sur le plan phraséologique, l’ouvrage contribue à la documentation d’un ensemble d’expressions qui occupent une place importante dans le lexique expressif du français. Les comparaisons en comme constituent en effet un matériau particulièrement riche pour l’étude de la figuration, de l’intensité, de l’évaluation et des représentations culturelles. Sur le plan lexicographique, l’utilisation d’InterCorp permet de dépasser une simple compilation d’expressions déjà connues. L’ouvrage participe ainsi à une lexicographie davantage fondée sur les données. Il convient également de mettre en valeur la dimension collaborative du projet. Elle montre comment un travail lexicographique peut devenir simultanément un outil de recherche et une activité de formation.

Le Dictionnaire des comparaisons adjectivales avec comme en français constitue une contribution intéressante à la description de la phraséologie française. Sa principale originalité réside dans l’articulation réussie entre lexicographie, linguistique de corpus, phraséologie et didactique du FLE. Les comparaisons adjectivales forment un réseau structuré dans lequel certains comparants reviennent régulièrement et acquièrent des valeurs sémantiques et axiologiques relativement stables. Les données présentées mettent notamment en évidence la productivité de comparants tels que singe, roi, coq ou mule, ainsi que l’opposition entre comparants fortement valorisants et comparants associés à une évaluation négative (« bête comme un cochon », « entêté comme une mule », etc.).

En définitive, le dictionnaire réussit à montrer que les comparaisons françaises sont à la fois « anciennes comme la langue », « figées comme la tradition » et « vivantes comme l’usage », selon la formule placée au début de l’ouvrage. Cette tension entre stabilité et créativité constitue précisément l’un des aspects les plus significatifs de la phraséologie et confère à cette publication sa pertinence aussi bien pour la recherche que pour l’enseignement du français. Lʼorganisation rend le dictionnaire relativement accessible à différents publics. Le lecteur spécialisé peut y rechercher une expression précise, tandis que l’étudiant peut utiliser les définitions et les informations culturelles pour approfondir sa compréhension.

Remerciements
Cette contribution est publiée dans le cadre du projet de recherche n° 09I03-03-V04-00417  Le potentiel sémantique de l’affixation dans la perspective contrastive du slovaque et du français financé par l’UE NextGenerationEU par le biais du Plan de relance et de résilience de la République slovaque. Excellente science.

Mgr. Lucia Ráčková, PhD.
Katedra romanistiky
Filozofická fakulta UMB
Tajovského 40
974 01 Banská Bystrica
e-mail: lucia.rackova@umb.sk
ORCID: 0000-0002-1246-1889

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